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Prédation : Quatre attaques sur des bovins en une semaine

Un groupement pastoral de la vallée de l’Ubaye a subi quatre attaques au cours desquelles trois vaches et huit veaux ont été tués.

Trois quart d'heure par une piste accidentée sont nécessaires depuis les Prads, hameau de Saint-Paul-sur-Ubaye, pour atteindre l'alpage des Mourasses, à 2 373 m.
Sur place, le regard est d'abord attiré par le ballet aérien de vautours au-dessus du troupeau de 170 vaches, réparties par petits groupes sur cette vaste montagne. En contrebas de la cabane de berger gît, protégée par des tôles, la carcasse d'une vache de plus de 600 kg. La protection métallique contre les rapaces ne peut complètement dissimuler ses blessures au cou mais surtout au bas ventre - l'intégralité de la mamelle a été prélevée - et son vêlage en cours stoppé par sa mort. Autour de la carcasse, du sang et des traces de lutte marquent le sol.

Cette vache et son veau à naître sont les victimes de la quatrième attaque du troupeau du groupement pastoral installé sur l’alpage des Mourasses. En une semaine, le bilan est lourd : trois vaches et leur petit à naître tués, deux veaux dévorés et trois portés disparus. Une situation intenable. « On n’a plus de vie. Chaque attaque nous mobilise une journée et nous amène à délaisser notre travail sur l'exploitation. Rien n'a été fait pour protéger nos bêtes volontairement maintenues sur ce pâturage car il n'y a pas d'herbe en bas, du fait de la sécheresse ».

Christophe Duverne, sous-préfet de Castellane qui assure l'intérim à Barcelonnette, a indiqué qu’un tir de défense devrait être autorisé et que le préfet avait souhaité mobiliser la brigade loup. L'oeuvre du loup ne fait en effet aucun doute sur ces attaques.

Sylvie Teissier

TÉMOIGNAGE

L’État protège le loup, non les éleveurs

L’un des éleveurs a accepté de témoigner sous couvert d’anonymat.
« Cela fait quatre à cinq ans que nous avons subi les premières attaques. Cette fois, ce sont trois vaches adultes qui ont été tuées avec leurs veaux qui étaient en train de naître, morts dans le ventre ou dévorés, ainsi que deux jeunes veaux. Il manque également trois autres veaux. On s’est retrouvé avec des cadavres au milieu des autres vaches qui vêlaient, ce qui fait qu’en plus se sont posés des problèmes sanitaires. Il y avait 150 vautours qui passent leur temps sur les cadavres et sont susceptibles de contaminer l’eau et les pâtures. Ça pourrait provoquer un scandale sanitaire. J’ai fait une demande pour enlever les carcasses. On m’a répondu qu’il fallait faire venir l’équarisseur. Mais à 2 400 mètres d’altitude, c’est impossible. De plus, j’estime que ce n’est pas notre travail d’enlever les carcasses attaquées par les loups : la carcasse, une fois qu’elle est reconnue attaquée par les loups, je considère qu’elle appartient à l’État.

En fait, il y a de plus en plus d’attaques sur les bovins du fait de la protection justifiée des troupeaux ovins qui détourne les attaques vers les autres espèces animales. Le problème, c’est que n’avons aucun moyen de protéger nos vaches. Enfermer des vaches dans une montagne c’est techniquement impossible : les filets seraient défoncés. Et quand bien même, si on gardait les vaches comme un troupeau de brebis, il n’y aurait pas une montagne qui résisterait. Le résultat, c’est qu’on passe notre temps là-haut et qu’on n’a aucune protection. Cela dit, le but du jeu n’est pas d’être indemnisé pour accepter les attaques. Nous, ce qu’on veut, c’est qu’il n’y ait plus d’attaques. Or, ce que je vois, c’est que le loup s’adapte à tout et que les éleveurs sont abandonnés à leur triste sort. C’est un problème politique que les élus ne prennent pas à bras le corps et aujourd’hui, l’Etat protège le loup, non les éleveurs. »

Propos recueillis par Stéphanie Martin-Chaillan