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Session de la Chambre d'agriculture 13

Vers quelle agriculture se diriger ?

 

La session du 21 février à Aix en Provence a posé les enjeux de l'agriculture départementale en s'appuyant sur les problèmes nationaux.

A l’ouverture des travaux, une minute de silence a été observée en hommage à Xavier Beulin, président de la FNSEA, décédé brutalement la semaine passée.

Les sessions de chambres d'agriculture sont l'occasion d'un rite bien défini où les exploitants exposent leurs problèmes à l'intention des représentants des pouvoirs publics. 

Le 21 février à Aix-en-Provence, sur le site des Chambres d'agriculture Paca et Bouches-du-Rhône, le président Claude Rossignol est sorti du cadre départemental pour aborder des questions d'ordre général : "Une fois n’est pas coutume, nous n’avons pas prévu de table ronde pour animer cette session. 

En cette période riche en projets et prospectives de tous ordres, à quelques encablures d’échéances politiques majeures et alors que la nouvelle Pac se profile, il est indispensable que les Chambres restent force de propositions. Je vous propose que nous réfléchissions collectivement au modèle économique à développer pour notre agriculture et sur les enjeux de nos productions méditerranéennes.”

La Ferme France a vu son revenu diminuer de 26 % en 2016, toutes filières confondues. Selon Claude Rossignol, sur 400 000 exploitations, 20 000 vont fermer définitivement (sans compter les exploitants qui se suicident).

"L'agriculture française n'a cessé de s'affaiblir ces 15 dernières années, perdant quatre places sur l'échiquier international. De deuxième exportateur mondial derrière les Etats-Unis, elle est passée au cinquième rang, derrière le Brésil, l'Allemagne et les Pays-Bas ! Dans plusieurs secteurs de production, ce sont désormais les autres pays européens qui fournissent la matière première ! La balance commerciale des produits agricoles et alimentaires a atteint durant l’année écoulée un niveau historiquement bas !

Autrefois deuxième exportateur mondial de volailles, la France importe aujourd'hui de Belgique, des Pays-Bas, d'Allemagne, 40 % de ce qu'elle consomme ! Le porc  ? Il y a 15 ans, nous en produisions 25 millions, comme l'Espagne. En 2016, nous en avons produit 21 millions, l'Espagne 46 millions !” Et de multiplier les exemples prouvant la perte de la souveraineté alimentaire. Même les commissaires européens le reconnaissent : “Un pays (…) qui ne peut pas s'autoalimenter, d'un point de vue géostratégique est un pays (…) en voie de perdition parce que dépendant de la volonté des autres. Moi je ne veux pas d'une Europe qui dépend de la volonté des autres.”

Sur tous ces constats, et avec des prévisions démographiques en 2050 de 9 milliards d’individus, il convient selon Claude Rossignol, de préserver la ferme familiale qui permet de mailler le territoire par plusieurs systèmes de production, de la ferme bio à la ferme hors sol. Deux modèles qui doivent continuer à coexister, car il y a de la demande insatisfaite pour chacun d’eux…

A condition que l’Europe continue à préserver les intérêts des agriculteurs et ne laisse pas la porte ouverte à tous les vents de la concurrence avec des traités souvent "mortifères".

Ce tour d'horizon planétaire ne doit pas faire oublier les priorités locales. Alors que les simulations font état de la multiplication par deux, sur les 25 prochaines années, des dégâts des aléas naturels, la mise en œuvre, dans le cadre de la future Pac, d’outils de gestion des risques plus efficaces, redonne plus de poids à l’assurance récolte et au FMSE (Fonds de mutualisation sanitaire et environnementale). "Si ce dernier est devenu un outil incontournable pour atténuer l’impact économique des crises sanitaires sur les exploitations, il mérite aujourd’hui d’être conforté en clarifiant ce qui relève de la contribution professionnelle et de l’intervention de l’Etat."

S’agissant de l’assurance récolte, il existe un contrat socle dont le taux de diffusion plafonne depuis deux ans alors qu’il reste des pistes d’amélioration à approfondir : son seuil de déclenchement et son niveau de franchise, ses modalités de calcul encore trop pénalisantes, son coût trop élevé et l’avance de trésorerie trop tardive avant le versement de l’aide. La généralisation de l’assurance multirisques à toutes les filières implique un engagement de l'État par la réassurance, complémentaire à celle des sociétés privées du secteur, à l’image de ce qui existe en Espagne ou aux États-Unis... "Il s'agit d'une condition indispensable à un engagement massif des assureurs et à la généralisation de l'assurance récolte à une majorité d'exploitations. Cette réassurance permettrait en outre de ne pas exclure les exploitations, par des tarifs prohibitifs, sous prétexte qu’elles sont trop souvent exposées."

Le parc de serres nécessite une modernisation 

Autre priorité locale, le parc de serres qui a besoin d’être modernisé. Depuis quelques années, de nouvelles serres ont été construites. Les Chambres d’agriculture de la région ont assuré la promotion d'un plan de relance des cultures sous abri afin de mieux répondre à la demande et d’être plus compétitifs : "Un nombre important d’exploitations agricoles des Bouches-du-Rhône trouvent l’essentiel de leurs débouchés commerciaux en dehors du département, quand celui-ci est importateur net de produits alimentaires. Certes, il n’est pas envisageable de faire consommer localement toute la production du département mais les leviers d’une certaine forme de relocalisation méritent certainement d’être expertisés."

Sur cet aspect, le délégué à l'agriculture du conseil départemental, Lucien 

Limousin, a évoqué le Projet alimentaire développé par la Métropole Aix-Marseille-Provence, le Conseil départemental et le Pays d’Arles pour offrir l’opportunité de bâtir la “colonne vertébrale” d’un projet de territoire. 

L'objectif est de générer de la valeur ajoutée pour les agriculteurs via l’approvisionnement des ménages et la restauration collective et privée. Malheureusement ce projet n'a pas été retenu au niveau national. En partenariat avec le Conseil régional, les élus travaillent à ce qu'il aboutisse néanmoins. Malgré la loi NOTRe et le changement de compétences du Département, les relations sont bonnes avec le Conseil régional puisqu'une convention pour l'agriculture sera signée le 31 mars.



Une conjoncture économique favorable mais incertaine

Comme à chaque session départementale, Jean Marc Zavatoni, élu référent du pôle économique à la Chambre d'agriculture 13, a dressé l'état des lieux de chacune des filières. Ces derniers mois, toujours en tenant compte des conditions climatiques, la situation n'est pas catastrophique mais fragile. Les Bouches-du-Rhône étant un département fortement spécialisé dans les productions maraîchères, il a rappelé les points forts et les points faibles de la salade, des tomates et du poivron. Sans oublier les oléiculteurs ni tous les élevages ovin, caprin, bovin, porcin, apicole… 

En grandes cultures, tout le monde est catastrophé devant la chute de production liée à la sécheresse. Cela a des incidences, notamment sur le blé dur (identité méditerranéenne). "On est passé de 270 €/ tonne à 220 €/t ces derniers jours !".

Même la filière AOP Foin de Crau "tire la langue". Rendements faibles, en attente d'un classement ICHN (Indemnité compensatoire de handicap naturel) pour des raisons liées à des surcoûts de production, mais non retenu pour l'instant concernant la partie élevage. En viticulture, Jean Claude Pellegrin, président des IGP Intervins Sud-Est, rappelle que l'Espagne attaque sur le plan commercial. Les chiffres sont stupéfiants : 115 €/hl pour les IGP jusqu'à présent. "On risque d'aller vers les 70 €/hl si on continue ! C'est nous, les français, qui allons bientôt liquider nos exploitations."

Même Bertrand Mazel, président du syndicat des riziculteurs de France et filières, devenu président européen depuis peu, s'est "énervé" : "Les dernières réunions avec Bruxelles ont montré la faiblesse de notre étanchéité au niveau des importations sur les frontières européennes. Les Cambodgiens se marrent, les Thaïlandais se marrent, même les Chinois se marrent ! Toute la planète se marre à notre détriment sur la question du riz alors que nous en produisons en Camargue. Je pourrais vous dire que plusieurs millions de tonnes de riz importées alimentent nos industries. Il sera bientôt temps, devant la commission européenne, de s'énerver."

Tour de table...

Bernard Arsac, spécialiste des grandes cultures a évoqué les mesures MEAC (Mesures agroenvironnementales et Climatiques) promises pour combler les trésoreries mais inexistantes à ce jour. 

Daniel Ricci, du CRPF (Centre régional de la propriété forestière) a fait un point sur la culture du pin d'Alep dans la région pour la construction immobilière. 

Monique Arravechia, de Groupama, a rappelé l’intérêt du réseau "Propulso" dans la filière des fruits et légumes. 

Serge Mistral (FDSEA 13), a expliqué l'organisation interne de la Fnsea depuis le décès de Xavier Beulin et l'intérim de Christiane Lambert. 

Patrick Lévêque s'est plaint de la dépendance française vis-à-vis de l'Espagne en matière d'approvisionnement maraîcher et André Boulard a demandé à ce que l'on ne se fasse pas voler "sur le plan sémantique" la notion de proximité.

Sans oublier Marie-Paule Chauvet, vice-présidente, qui a eu un mot sur la multiplication des règlements sur chaque acte de la vie quotidienne. 

On le voit, les interventions départementales ont largement équilibré le discours national du président. 


Source : Agriculteur Provençal, auteur : Sami Lekhal