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Loups : une étude relance la polémique des hybrides

Alors que le Plan loup 2018-2023 est en discussion, une étude effectuée par un laboratoire indépendant remet en cause l’origine génétique des loups implantés dans 42 départements français.

Début août, les premiers résultats avaient transpiré laissant planer un gros doute sur l’origine génétique des canidés auteurs des attaques opérées cette année sur les troupeaux français. Mercredi 22 novembre, à Grenoble, le laboratoire indépendant Forgen(1), basé à Hambourg (Allemagne) a rendu des conclusions de nature à remettre en question toutes les connaissances sur le loup véhiculées depuis sa réintroduction dans le Mercantour en 1992. « Nous n’imaginions pas arriver à ces résultats », confie Yann Souriau, maire de Chichilianne impliqué dans le collectif d’éleveurs, de bergers, d’élus et de citoyens désireux de « reprendre la main sur la question du loup », à la veille de la négociation du futur Plan loup.

Sur 127 prélèvements réalisés ces six derniers mois en France, le laboratoire Forgen, a pu effectuer 20 analyses génétiques complètes. « Sur ces 20 analyses complètes, on trouve 20 hybrides », déclare Yann Souriau. «Statistiquement, cela voudrait dire qu’il n’y a que des hybrides », ajoute-t-il. D’autant que les ascendants et descendants de ces bêtes ont toutes les chances d’être hybrides.

Des loups russes
Les résultats soulèvent une infinité de questions. A commencer par celle du nombre de loups en France : quelques centaines ou quelques milliers ? Là où les services de l’Etat identifient un loup (prélèvements réalisés sur les loups tués, crottes, poils, urines), le collectif rassemble une dizaine de traces différentes (prélèvements effectués sur les animaux prédatés). Encore plus troublante est l’information délivrée sur l’origine des loups : les analyses indiquent des gènes russes ou lituaniens (gène 92 ou 96). Pas une seule bête est d’origine italienne (gène 80) comme il était communément admis depuis la réintroduction du loup en France. « Il y a un travail à faire pour clarifier la situation », assure Yann Souriau.
Comment est-il possible que de tels animaux aient pu arriver en France et coloniser des secteurs entiers aussi rapidement que celui du Larzac sans une intervention extérieure ?

35 millions d’euros
Le collectif souhaite faire des prélèvements génétiques dans les parcs animaliers pour éloigner tout doute quant aux animaux hybrides retrouvés dans la nature et dont l’évolution du comportement représente non seulement un péril pour l’élevage et le pastoralisme, mais une dangerosité pour l’homme. Il réclame un rapprochement entre les laboratoires de l’ONCFS et Forgen afin de recouper leurs données. Il demande la transparence pour tous les prélèvements effectués en France depuis 25 ans. L’enjeu majeur est que le loup hybride n’est pas protégé par la Convention de Berne, ce qui le mettrait hors quota et faciliterait son élimination. La question a été posée au cabinet d’avocat Eydoux de Grenoble, dont les conclusions indiquent : « Les individus hybrides causent des dommages identiques à ceux des espèces exotiques envahissantes que les conventions internationales cherchent à éliminer ou à contrôler », s’appuyant sur la déclaration du comité permanent de la Convention de Berne de décembre 2014.
Par ailleurs, une résolution du Parlement européen, votée le 15 novembre dernier, déclare que « la coexistence des populations et des grands carnivores, notamment les loups, peut avoir des conséquences négatives sur le développement durable des écosystèmes et des zones rurales ». Ou encore, elle « déplore que la PAC n’ait pas été conçue pour protéger le pastoralisme (?) ». A ce titre Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture avait annoncé l’été dernier que le coût du loup en France s’élevait cette année à 35 millions d’euros prélevés sur le 1er pilier de la PAC.

Fort de ces éléments, le collectif espère peser sur la prochaine négociation du Plan loup qui se déroulera le 12 décembre prochain. Les communes de montagne réunies dans les associations Usapr(2) et ACPRPACA(3) ont également pris la parole lors du congrès des maires, le 22 novembre dernier, pour réclamer que le Plan loup affiche « la volonté première de maintenir et de renforcer l’agropastoralisme ». Ils demandent que « les tirs de défense soient considérés comme partie intégrante des mesures de protection » et dénoncent « l’indécence » d’un financement de « brigades locales » via les collectivités.

Bataille d’experts
Bien entendu l’étude Forgen sème le trouble, notamment auprès des associations de défense du loup qui brandissent la note technique présentée par l’ONCFS(4) le 13 septembre dernier indiquant que, selon les analyses effectuées par le laboratoire Antagene portant sur 130 individus, 120 sont de lignée italienne et 92,5% seraient des non hybrides. La bataille des experts ne fait que commencer. Forgen explique la différence entre ses résultats et ceux d’Antagene par plusieurs raisons.
Dans le cas des analyses demandées par l’ONCFS, l’origine des prélèvements n’est pas connue alors que ceux de Forgen sont tracés. La discussion porte aussi sur le choix des marqueurs : Antagene en utilise 22 et Forgen seulement 10 « choisis spécifiquement » pour détecter les traces d’hybridation. Tout dépend donc de ce qu’on cherche. Forgen apporte en plus sa connaissance sur les races de chiens utilisées dans les analyses. Les bases de données des deux laboratoires sont différentes et Forgen demande à ce qu’Antagene communique un modèle de loup pur italien. Il y a également un désaccord sur le type d’analyses : Forgen effectue des analyses nucléaires quand Antagene parle d’analyses mitochondriales où des hybrides pourraient passer entre les mailles du filet en raison de la perte d’information génétique paternelle.

1) Le laboratoire Forgen est spécialiste de la génétique médico-légale. Il est certifié et accrédité près des tribunaux. Il compte un expert en génétique animale et s’appuie sur une base de données de 700 chiens et de 120 loups.
(2) Union pour la sauvegarde des activités pastorales et rurales (3) Association des communes pastorales de la région PACA
(4) Office national de la chasse et de la faune sauvage

Isabelle Doucet