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Flavescence dorée : Des drones pour optimiser la prospection

La Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône expérimente depuis deux ans l’utilisation de drones pour améliorer l’efficacité des prospections ‘flavescence dorée’ et réduire leur pénibilité. Les drones peuvent effectuer un premier survol, avant qu’un échantillon soit prélevé pour analyse et confirmation de la présence de la maladie.

Accompagnée financièrement par le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, la Chambre d’agriculture teste l’utilisation de drones pour faciliter les opérations de prospection dans la lutte contre la flavescence dorée. Une démonstration était réalisée par la société Avidordrone, jeudi 14 septembre, sur la commune de Lambesc, une des deux communes les plus touchées du département avec Rognes, d’après le bilan des prospections 2016. Ces dernières ont confirmé la présence de flavescence dorée au sein de 179 parcelles, dont trois nouvelles communes par rapport à 2015 : Alleins, Venelles et Vernègues. 

Face à la menace que représente cette maladie, un arrêté préfectoral oblige à réaliser un traitement insecticide au stade larvaire sur l’ensemble du département (hormis Cassis, pour l’instant exempte) ; l’arrêté préfectoral fixant les zones à deux ou trois traitements. “Il y a quatre ans, un très gros foyer a été détecté trop tardivement sur Orgon”, rappelle Jean-Claude Pellegrin de la CA13, président du comité viticole, ce qui a marqué le début d’une propagation très rapide sur le reste du département. “Or il n’y a pas de prédateur pour la cicadelle. La seule solution contre la cicadelle, c’est la pulvérisation d’un insecticide.” Sans conséquence sur la qualité du vin, la flavescence dorée peut causer de lourdes pertes économiques, d’où son statut de maladie de quarantaine. Mais les traitements n’ont qu’un rôle préventif. Seule solution face à un pied malade : l’arrachage.

Rappelons qu’à partir de 20 % de pieds touchés, la parcelle entière doit être arrachée. “La lutte collective est essentielle et passe par la prospection.” Mais c’est une opération très consommatrice de temps, fastidieuse, qui nécessite 500 personnes sur deux mois, septembre et octobre, période de vendanges. “En distance parcourue le long du rang, un hectare de vigne représente à peu près 4 km. Sur le département, les 11 000 ha à prospecter représentent donc 44 000 km“, chiffre le président de la Chambre d’agriculture, Claude Rossignol. “Et quand on passe la journée à arpenter les vignes, il est difficile de maintenir sa vigilance tout au long de la journée.”

C’est là que pourrait intervenir le drone, en survolant l’ensemble du vignoble. Il n’est utilisé que comme porteur d’une caméra multispectrale, qui photographie la parcelle à intervalles réguliers. “La sélection de la longueur d’onde permet d’observer une réponse spectacle qui sera différente si la plante est malade ou non”, explique le pilote du drone, Kerrim Zacarie. Si les feuilles vertes n’ont pas la même réponse à la lumière qu’une feuille infectée, il est possible d’avoir des faux positifs. “Nous travaillons à réduire ces faux positifs. Nous avons de meilleurs résultats sur certains cépages, notamment avec les rouges, par rapport aux blancs”, poursuit Kerrim Zacarie. Il faut éliminer la confusion possible avec de l’esca, des feuilles mortes, des carences en magnésium, de la grillure... “Nous travaillons sur une caméra avec huit filtres, afin d’affiner encore la discrimination.” Seuls les symptômes sur les feuilles basses peuvent échapper à la vigilance du drone. Si sa vigilance ne baisse pas avec le temps, il doit recharger régulièrement ses batteries, et disposer de bonnes conditions de vol (absence de vent, pluie…), et d’un soleil assez haut pour les prises de vues. 

Un délai d’une semaine est ensuite nécessaire pour traiter les données. Une carte est alors élaborée et un prospecteur pourra aller recueillir l’échantillon mis en doute pour analyse. “Nous pouvons fournir une géolocalisation sur smartphone, mais en plus de l’élaboration de la carte, nous pouvons fournir un fichier Excel indiquant la position du rang et du pied, pour faciliter l’intervention du prospecteur.” 


Une technique à affiner

Les résultats obtenus en 2016 ont permis de montrer la capacité de détecter la flavescence par drone sur le cépage grenache à près de 100 %. La campagne 2017 permettra de s’approcher de ce taux sur les autres principaux cépages rouges et d’effectuer des tests sur les blancs. Cette année, 400 ha seront survolés, représentant 15 parcelles très symptomatiques. “Nous essayons également d’identifier la période optimum de passage : ni trop tôt, afin que tous les symptômes se soient exprimés, ni trop tard, avant la défoliation”, explique Sébastien Attias, responsable du développement technique de la CA13. “Je pense que cette année sera décisive, afin de voir si nos efforts pour la contenir ont porté leurs fruits”, commente Ana Chavarri Padilla de la Chambre d'agriculture13, coordinatrice des prospections flavescence.

Reste la question du coût, entre 10 et 30 euros/ha la prestation par drone. Pour l’instant le Conseil départemental accompagne financièrement l’expérimentation, mais si l’utilisation du drone est validée et généralisée, “il faudra que les vignerons mettent la main à la poche”, souligne Jean-Claude Pellegrin.


Source : L'Agriculteur Provençal - Magali Sagnes