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CIRCUITS COURTS : sensibiliser les jeunes pour reconquérir les marchés locaux

Depuis quelques années, des démarches qui se veulent alternatives aux formes dominantes de production et de commercialisation se multiplient. Elles tendent à renouveler les schémas marchands classiques en agriculture. Ces initiatives s’appuient sur des stratégies de différenciation des produits par la qualité et le service, et sur des rapprochements avec des acteurs qui ne relèvent pas directement de la sphère agricole. 

La Maison familiale rurale de Beauchamp a organisé le 11 avril son 4e séminaire agricole annuel sur cette thématique. Plusieurs représentants de collectivités et du monde agricole étaient présents pour témoigner de démarches et initiatives qu’ils accompagnent pour soutenir une agriculture locale et innovante. L’objectif de la journée était de sensibiliser les futurs professionnels du monde agricole sur les multiples possibilités qui s’offriront à eux en matière de commercialisation. De nombreux élèves d’établissements agricoles, des deux côtés du Rhône, étaient présents (les MFR Vézenobre, Marguerittes, Bollène et le lycée agricole de St Rémy).

Pilier de l’économie locale

Les premières interventions ont mis en avant l'implication de plus en plus marquée des collectivités, à commencer par les communes et les communautés d’agglomération pour soutenir et développer une activité agricole de proximité, génératrice de développement économique.

Le maire d’Eyragues, Max Gilles, s’est adressé à ce jeune public, en présentant l’agriculture de sa commune fortement portée par la production sous-abri (entre 300 et 350 ha de serres). Pour l’agriculteur retraité, “les perspectives de développement des filières agricoles sur ce territoire, proche de Châteaurenard, sont fortes, même si le métier est difficile, que l’on soit en bio, en raisonné ou en conventionnel”. Pour lui, “les circuits courts sont un débouché commercial d’avenir”. C’est une des raisons pour lesquelles la commune a fait l’acquisition d’un hectare dans le but d’accompagner la MFR dans son projet d’espace test (voir encadré). 

La commune voisine de Cabannes est elle aussi tournée vers son agriculture. Son maire, Christian Chasson, également vice-président délégué à l’aménagement rural de Terre de Provence, a fait part de l’engagement de la collectivité aux côtés du monde agricole. Il a expliqué que “Terre de Provence agglomération porte une politique à l’égard de l’agriculture à travers des actions spécifiques depuis de nombreuses années, notamment pour la préservation du foncier agricole et le soutien à l’installation de nouveaux agriculteurs”.

Pour Christian Chasson, “avec le projet ambitieux de redéploiement du MIN, qui répond aux nombreux enjeux de la commercialisation des productions agricoles locales, le secteur ne manquera pas de débouchés”. Enfin, Jean-Marc Martin Teissere, maire de Verquières, président de la communauté d’agglomérations et conseiller régional, a souligné que l’ensemble des élus du territoire étaient mobilisés pour le développement de circuits de valorisation complémentaires, afin de pérenniser l’agriculture, pilier de l’économie locale. 

L’enseignement agricole très impliqué

Pierre Millet, directeur de la Fédération régionale des MFR Provence Languedoc, a pour sa part donné un point de repère sur le projet régional porté par les MFR, et l’axe “Enseigner à produire et à consommer autrement”. “Nous souhaitons vraiment, qu’au sein des MFR, les jeunes, quelle que soit leur orientation professionnelle (production agricole, transformation, commercialisation), puissent mesurer au travers des actes quotidiens, qu’il est possible de travailler à la territorialisation de notre alimentation et sur des circuits courts. Des expérimentations conduites, comme le rapprochement de nos cuisines avec des agriculteurs du territoire, vont se poursuivre et d’autres vont se mettre en place dans ce sens”, détaillait le directeur.

Présent lors de la journée, le Crédit agricole a également témoigné auprès des élèves de la façon avec laquelle la banque intervient dans le développement d’une agriculture locale. Directeur de l’agence du Crédit agricole d’Eyragues depuis 3 ans, Julien Gaillard a cité “le mécénat, levier par lequel la fondation du Crédit agricole Alpes-Provence accompagne le lancement du projet d’espace test de la MFR, mais aussi le soutien à l’installation des jeunes agriculteurs”.

La plateforme régionale de l’enseignement agricole du Cript Paca est très investie sur la question des circuits courts au profit des 21 lycées agricoles publics de la région.

Fanny Garric chargée de mission est intervenue sur la question en présentant un panorama régional des circuits courts sur le territoire. Les étudiants des MFR ont, par exemple, retenu que sur la région Paca 38 % de producteurs commercialisent en circuits courts, contre 21 % au niveau français (26 % dans les Bouches-du-Rhône et 65 %  dans les Alpes Maritimes).

Dans l’enseignement agricole public, les circuits courts sont abordés, par le biais de l’enseignement pédagogique et la formation, et par l’intermédiaire des exploitations des lycées agricoles. Ils participent directement au développement de ces débouchés. Dans les 9 exploitations agricoles des lycées de la région, entre 70 % et 100 % de la production est commercialisée en circuits courts au travers de différentes modalités. Enfin, les restaurants scolaires ont un rôle important à jouer en achetant des produits locaux.

Dynamique sur l’approvisionnement local

Pour développer les approvisionnements en produits locaux, le Cript a répondu à un appel à projet du programme national Alimentation en 2014. Des formations dédiées aux chefs de cuisine et les gestionnaires de cantines scolaires pour accompagner ces changements d’habitudes ont ainsi pu être montées. Pour l’animatrice, une réelle dynamique en matière d’approvisionnement local est enclenchée aujourd’hui. Les actions pédagogiques se multiplient. Mais pour les EPL, l’enjeu est la création de véritables projets d’établissements autour de l’alimentation. Des objectifs qui doivent encore s’inscrire dans les Projets Alimentaires Territoriaux, en émergence aujourd’hui. Les établissements ont toute leur place dans ces stratégies d’alimentation durable.

“Répondre aux attentes des consommateurs de plus en plus prégnantes en matière d’alimentation saine, sécurisée, avec des produits qui ont du goût, la Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône s’y investi pleinement”, expliquait Marie-Paule Chauvet. La vice-présidente de la Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône, et responsable du volet enseignement formation  à la Chambre régionale, a ajouté que l’objectif était dans le même temps de “répondre aux attentes des agricultrices et agriculteurs  en matière de prix rémunérateurs, et les circuits courts dans leur diversité constituent aujourd’hui des débouchés très valorisants économiquement”. 


Nourrir les habitants du territoire

Passionnée par la thématique, Marie-Paule Chauvet était d’ailleurs à l’initiative du premier marché paysan du département des Bouches-du-Rhône, il y a 25 ans. Si à l’époque les marchés de producteurs n’étaient pas très ‘tendance’, la Chambre d’agriculture a depuis essaimé. Le département compte aujourd’hui de nombreux points de ventes collectifs, marchés de producteurs, et des modes de commercialisation très innovants. Engagée dans le Projet Alimentaire Territorial du Département, la Chambre d’agriculture, avec les collectivités territoriales (Métropole, Pays d’Aix et Pays d’Arles), a jusque-là été moteur d’initiatives. “Nous soutenons les agriculteurs dans différentes actions à succès, à commencer par l’opération “Goutez au 13”, une plateforme qui alimente les établissements agricoles, le marché des producteurs des Halles de Provence et le Drive Fermier, un nouveau concept qui fidélise déjà de nombreux consommateurs”, indiquait Marie-Paule Chauvet.
Mais le travail engagé par la Chambre d’agriculture sur les circuits courts vise  à aller encore plus loin, “permettre aux agriculteurs de nourrir les habitants du territoire”.

Sur le département, en effet le contexte est très favorable avec une importante démographie (2 millions d’habitants), et en face une production agricole qui permettrait de nourrir 8 fois cette population en fruits et légumes. 

Même si “mobiliser tous les bassins de production pour créer de nouvelles formes de vente directe, plus innovantes que les points de vente collectifs et les marchés de producteurs ne sera pas une tâche facile, la reconquête des marchés locaux est engagée”, concluait Marie-Paule Chauvet.

L'utilisation et la valorisation de l'espace agricole et rural est une question de plus en plus cruciale dans la région. Les enjeux économiques, touristiques et de qualité de vie s'imbriquent et l'agriculture de proximité, qui répond à une demande forte, particulièrement dans des zones à forte population, devra nécessairement se renforcer.            

Pour dynamiser la formation agricole

S’impliquer dans son territoire est un des axes stratégiques du projet de l’association MFR d’Eyragues. C’est aussi de travailler sur l’insertion professionnelle des adultes et de dynamiser la formation agricole. Dans cet objectif, la MFR d’Eyragues va ouvrir un espace test qui pourrait faire école dans le département. Le projet qu’elle porte est soutenu par de nombreux partenaires (Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône, mairie d’Eyragues, Fondation du Crédit agricole Alpes-Provence, etc.) dans le cadre du programme Leader. La commune va notamment mettre à disposition un terrain d’un hectare pour permettre à deux jeunes élèves de la MFR de se tester sur un projet de maraîchage bio, sur une durée limitée de 3 ans. En grandeur réelle, et dans un cadre qui réduit la prise de risque, le projet s’appuie sur l’accompagnement d’un formateur de la MFR et le suivi technique de la Chambre d’agriculture. Les maraîchers en herbe utiliseront un réseau de paniers pour commercialiser leur production. L’inauguration de l’espace test, qui sensibilisera tous les élèves de la MFR au “consommer et produire autrement”, aura lieu en septembre prochain.


Les circuits courts en région

314
exploitations adhérentes en Paca au réseau Bienvenue à la ferme,
dont 43 dans les Bouches-du-Rhône.
85 Amap dans le réseau Amap de Provence.
30 paniers marseillais.
2 plateformes Agrilocal (Bouches-du-Rhône et Vaucluse).
5 plateformes physiques d’approvisionnement.
2 drives fermiers (Aix-Venelles et Avignon).
27 points de vente collectifs gérés par des producteurs.

 

Source : Agriculteur Provençal. Emmanuel Delarue